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C’est un rendez-vous en Nouvelle-Calédonie depuis
1997, le 8 mars est tout entier consacré à la Journée
Internationale de la Femme. L’occasion de rappeler
plus particulièrement ce jour-là les différences encore
trop grandes entre la condition des femmes et celle
des hommes. En effet, si de nombreux progrès ont été
réalisés depuis ces dernières décennies, beaucoup
restent encore à faire.
Souvent placée au second plan, la femme calédonienne
a pourtant toujours été au coeur de notre société.
Comme la vitrine de la Nouvelle-Calédonie, l’exact
reflet de sa population et de ses diverses cultures, la
femme calédonienne a des origines différentes, un
passé et une histoire multiples.
Inspirés de l’ouvrage « Regards de femmes », édité
par le Musée de la ville de Nouméa, quelques portraits
fictifs de ces femmes ont été ici retracés. A travers
ces images, c’est l’occasion de rendre hommage à
toutes les femmes de Nouvelle-Calédonie. Regards...
le saviez-vous ?
• Le nombre de femmes est égal à celui des hommes en
Nouvelle-Calédonie.
• Cette population féminine se caractérise par sa jeunesse -
l’âge moyen est de 28 ans - et sa pluriethnicité (Mélanésienne,
Européenne, Wallisienne et Futunienne, Asiatique, Tahitienne
et Antillaise). On observe une progression des mères
célibataires.
• Son engagement dans la vie associative reste très fort.
• Les Calédoniennes sont peu qualifiées (6,5% n’ont
jamais été scolarisées, 25% ont été jusqu’au lycée et
seulement 9,8% ont fait une grande école ou sont
allées à l’université). De ce fait, beaucoup ont des
difficultés à rentrer dans le monde du travail.
Elles sont 49% à se diriger vers le tertiaire. Mais les écarts de salaires avec les hommes sont de 33%.
• On ne les retrouve pas non plus à la tête des postes
les plus qualifiées. Pourtant, quand elles en font, les
femmes réussissent plus brillamment dans les études.
Elles représentent 60% des personnes ayant un niveau
de formation équivalent à un bac + 3.
• Depuis l’année 2000, les femmes bénéficient de la
parité en politique. Elles jouissent ainsi de ce dispositif
qui leur permet d’accéder à des postes à responsabilités,
dans les communes et les diverses institutions
calédoniennes : congrès, provinces et gouvernement.
la femme,
facteur de cohésion sociale
Les femmes sont au coeur de notre société. C’est pourquoi,
leur situation fait l’objet de toutes les attentions de la mairie.
Elles représentent à la fois une force sociale (par la
transmission de l’éducation aux enfants), économique (elles
sont nombreuses dans le secteur du travail) et politique
(par la parité). Que ce soit sur le terrain ou à l’hôtel de ville,
les services municipaux offrent des solutions pour accompagner
et soutenir les femmes dans les étapes parfois
difficiles de leur vie.
Huit maisons de quartiers sont implantées pour répondre à
leurs attentes. Elles s’occupent notamment de l’insertion
sociale et professionnelle à travers des permanences du
Service de l’Emploi et de la Formation (SEF), de la MIJ
ainsi que d’écrivains publics. Il s’y déroule des ateliers
artisanaux et culinaires, lieux de rencontre et de partage.
Les maisons de quartier assurent également des actions éducatives pour lutter contre l’échec scolaire au travers,
par exemple, des cours de soutien et de tutorat.
Des activités culturelles, telles que la participation au
carnaval, sont organisées par les animateurs et les éducateurs.
Des animations socio-éducatives fonctionnent les
mercredis après-midi et durant les vacances scolaires.
la Journée
internationale
de la femme,
pour quoi
faire ?
Pour Nicole Robineau, responsable
de la Mission aux Droits
des Femmes pendant huit ans
et initiatrice de la Journée internationale de la Femme en
Nouvelle-Calédonie, cette
manifestation du 8 mars a
déclenché chez nous, avec
d’autres actions, une prise de
conscience de la situation
féminine. Un véritable déclic.
En témoigne la première édition
de cette journée, en 1997,
qui a réuni plus de mille
Calédoniennes sur la Place
des Cocotiers ! C’est un premier pas vers un changement des mentalités,
tant chez les hommes, qui pour la plupart ne se sentaient
pas concernés, que chez les femmes elles-mêmes, qui acceptaient
une situation d’inégalité.
Depuis, loin du cliché d'une simple animation,
la Journée internationale de la Femme s'est inscrite en
Nouvelle-Calédonie dans le cadre d'un travail institutionnel visant à accompagner le changement du statut des femmes du pays. « Aujourd'hui, après une décennie consacrée à la sensibilisation du
public et des institutions, les avancées sont significatives »,
explique Nicole Robineau avant de s’interroger : « Mais le contexte
est maintenant différent. Alors ne faudrait-il pas envisager une nouvelle
formule ?
Il me parait urgent de continuer à avancer en menant une réflexion
réactualisée sur les nouveaux enjeux de la condition féminine en
Nouvelle-Calédonie, réflexion à laquelle il faut associer plus largement
les hommes... C'est un véritable challenge pour que ce jour
particulier du 8 mars le reste aux yeux de tous ».
Nicole Robineau a été responsable de la Mission aux Droits des
Femmes, de 1996 à 2004. On lui doit la création des associations « Femmes et Violences Conjugales », « L’Atelier des Femmes de
Nouvelle-Calédonie », le « Relais de la Province Sud »… Elle a édité
divers recueils et organisé de nombreuses manifestations, comme la
campagne « Ruban Blanc » ou la célébration de la Journée
Internationale de la Femme qui, sous son impulsion, a connu un
succès grandissant en Nouvelle-Calédonie.
Comme chaque année à l’occasion de la Journée
internationale de la femme, la mairie met toutes les
femmes à l’honneur : femme active, femme au
foyer, femme chef d’entreprise, mère, grandmère,
artiste, femme engagée.
Rendez-vous durant 2 jours pour des activités
culturelles et des informations concernant la vie
quotidienne des femmes.
- Le programme de la Journée de la femme
les femmes et le droit
Que de chemin parcouru depuis l’époque de mon arrière-grandmère, à la fin du XIXe siècle ! Quand elle s’est mariée, elle
dépendait juridiquement et économiquement de son mari.
Elle n’avait pas le droit de travailler sans son accord, ni de faire
des procès, ni même d’ouvrir un compte en banque...
Les mariages arrangés avec des hommes deux fois plus âgés
que la mariée étaient courants. En revanche, légal alors depuis
peu, le divorce était encore très mal vu.
Comparée à sa situation, la mienne est évidemment plus
enviable. Le droit de vote, le droit à la contraception et à l’avortement
sont quelques-unes des grandes victoires du XXe siècle.
Mais l’histoire n’est pas terminée.
Au-delà de toutes ces avancées, une femme sur quatre est
encore victime de violences conjugales ou sexuelles. Et trop de femmes encore méconnaissent leurs droits à l’égard de ces violences.
Inspiré du chapitre « Les femmes et le droit », de Bruno Py, dans l’ouvrage « Regards
de femmes », édité par le Musée de la ville de Nouméa.
la femme kanak
Je suis née dans une tribu du côté de Houaïlou. Comme je n’ai
pas trouvé de poste dans l’administration, j’ai dû me résoudre à
accepter une place de domestique dans une famille de colons.
Depuis que j’ai quitté le cocon douillet de ma tribu, ce qui me
manque le plus, ce sont les longues soirées passées au coin du
feu, devant la case durant lesquelles on tressait des nattes de
pandanus. Toute ma famille me manque énormément, je me
sens si seule et si isolée.
Certaines de mes amies sont tombées dans l’engrenage de
l’alcool, elles disent que cela les aide à oublier.
Le règlement ici est strict, le couvre feu est à huit heures du soir
et nous n’avons pas le droit de pratiquer des danses traditionnelles
dans la ville. Je vais bientôt accoucher de mon premier
enfant. Dans le cadre de mesures pour le relèvement démographique,
je vais toucher une prime de dix francs à la naissance
de mon bébé. Je pourrais même arrêter de travailler un mois avant
l’accouchement et un mois après, tout en continuant à avoir
droit à la nourriture et aux soins médicaux prévus dans
mon contrat d’engagement !...
Inspiré du chapitre « La femme Kanak », de Marie-Claude Bécalossi et de Bruno Corre,
dans l’ouvrage « Regards de femmes », édité par le Musée de la ville de Nouméa.
la femme de colons
Je suis arrivée à bord du Fulton avec trente-neuf autres filles,
toutes issues de l’assistance publique. Etant orpheline, quitter la
France pour m’installer en Nouvelle-Calédonie était l’occasion
unique pour moi de me trouver un mari et de commencer une
nouvelle vie. Rapidement après mon arrivée, j’ai rencontré mon
futur époux. Lui est venu ici pour fuir la misère de Paris avec le
fol espoir de faire fortune dans le café.
Ce qui me frappe, c’est que les femmes sont beaucoup moins
nombreuses que les hommes. Les conditions de vie difficiles et
l’isolement de l’île en ont rebuté plus d’une…
Inspiré du chapitre « La femme de colons », de Claude Cornet et Christiane Terrier, dans l’ouvrage « Regards de femmes », édité par le Musée de la ville de Nouméa.
la femme de déporté
Du courage, on peut dire qu’il m’en a fallu. Dans le malheur et
l’adversité, il fallait que je tente coûte que coûte l’aventure.
Mais je ne pouvais pas rester seule en France, avec mes trois
enfants à élever, quand mon mari a été condamné au bagne.
J’ai donc demandé à le suivre dans ce pays si lointain.
Après deux mois de traversée, la réalité m’a frappée en plein
visage. Désormais, c’est là que j’allais passer le reste de ma vie !
Heureusement, mon mari a été autorisé à exercer un métier à
Nouméa même, c’est là que nous nous sommes installés.
J’espère que nos enfants n’auront pas trop à souffrir de la réputation
de bagnard dont est entaché notre nom pour longtemps.
Lorsque je vais en ville, j’essaye de rester digne face aux
sarcasmes et aux regards des autres.
Inspiré du chapitre « La femme de déporté », de Claude Cornet, dans l’ouvrage« Regards de femmes », édité par le Musée de la ville de Nouméa.
les femmes du bagne
J’ai été condamnée aux travaux forcés après avoir volé de la
nourriture pour survivre. Comme lieu de déportation, j’ai eu le
choix entre la Guyane, dont la réputation me fait si peur, et la
Nouvelle-Calédonie. C’est dans cet « Eden » que je vais devoir
purger ma peine et y mourir un jour…
Le quotidien m’ennuie terriblement. Ici le moindre rire est sanctionné.
Dès 5h45, on doit se lever, ranger notre dortoir et
l’atelier avant de prendre notre petit déjeuner. Puis de 7h à
16h30 on travaille sur une petite caisse qui contient nos effets
personnels, c’est très inconfortable. A 18h30, après le souper,
c’est l’extinction des feux.
Outre la faim incessante qui me tenaille, ce qui me révolte le
plus c’est notre salaire, très bas, bien inférieur à celui des hommes
bagnards ! Même après avoir passé des années comme couturière,
l’administration refuse de me reconnaître une qualification.
Mon unique salut est dans le mariage. Si je rencontre un
détenu de ma catégorie pénale, voire d’une supérieure, nous
pourrons nous marier. Je sais bien que je ne serai pas
complètement libre, toujours soumise au règlement du bagne,
et que, à la moindre incartade, j’y retournerai ! Mais, nous
bénéficierons d’une concession et d’une aide financière afin de
tout recommencer à zéro. C’est un peu une seconde chance.
Inspiré du chapitre « Les femmes du bagne », d'après le livre d’Odile Krakovitch « Les femmes bagnardes », (Paris Olivier Orban, 1990, p13) et repris dans l’ouvrage « Regards de femmes », édité par le Musée de la ville de Nouméa.
les immigrées
Je suis partie dans un convoi de Javanaises pour travailler dans
l’agriculture. Mon mari, lui, avait trouvé un emploi à l’usine de
nickel. Nous sommes tous les deux sous contrat et dans cinq
ans, si nous le souhaitons, nous pourrons le renouveler.
Chaque mois, une retenue est faite sur mon salaire pour
constituer un petit pécule qui me sera restitué quand je rentrerai
dans mon pays. Si toutes les immigrées comme moi portons la
même tenue, chemisette blanche et pantalon noir, c’est parce
qu’elle fait partie du trousseau compris dans notre engagement.
Mais sa qualité est si mauvaise qu’elle s’use très vite.
Pareil pour les chaussures. Je suis même souvent obligée
d’être nu-pieds.
Je n’ai pas non plus le temps de m’occuper correctement de
mes enfants. Ma journée commence dès deux heures du matin.
Je me rends à pied au marché pour vendre mes produits.
Je termine à vingt-et-une heures par l’entretien de mon potager.
Je pense souvent avec nostalgie à mon pays mais la dureté de
la vie là-bas nous fera sûrement rester en Nouvelle-Calédonie.
En tout cas, ici, les journées ne sont pas assez longues pour
tout ce que j’ai à faire.
Inspiré du chapitre « Les immigrées », d'après des témoignages recueillis par l'association
Indonésienne, dans l’ouvrage « Regards de femmes », édité par le Musée de
la ville de Nouméa.
les femmes pendant la Seconde
Guerre mondiale
L’arrivée des Américains sur notre île du Pacifique a été un bouleversement
sans précédent. Tout de même, dix-huit mille soldats qui débarquent,
cela se ressent sur une population de douze mille habitants !
Grâce à ma maîtrise de l’anglais, j’ai réussi à trouver un travail de
secrétaire d’un officier de l’armée. Le salaire est bon et les
Américains sont très courtois. Depuis quelques mois maintenant, je
vois régulièrement un soldat. Bien sûr, à chaque fois qu’il m’invite à
un bal ou à une promenade, ma cousine Berthe, mon chaperon,
nous accompagne. Cet Américain me plaît beaucoup, c’est un véritable
gentleman avec moi, toujours très correct. Lorsqu’il est invité à
la maison, c’est toujours de bon coeur qu’il nous donne un coup de
main. Grâce aux Américains, on se sent plus libres. Leur mode de
vie décontracté commence d’ailleurs à déteindre sur nous, si
conformistes jusqu’à présent. Je ne suis pas pressée qu’ils partent.
Inspiré du chapitre « Les femmes pendant la Seconde Guerre mondiale », de Karine
Picquet, dans l’ouvrage « Regards de femmes », édité par le Musée de la ville de Nouméa
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20/02/2006 |