|
Une cellule de coordination et d'esthétique urbaine a récemment
été créée à la Mairie. Son objectif : embellir la ville par
une plus grande harmonie plastique et une cohérence d'ensemble.
Cette mission s'exerce sur des projets en cours ou à venir,
et sur des espaces à améliorer dans Nouméa. Aménagements paysagers,
architecture, mais aussi choix des couleurs, enseignes, éclairage
public, mobilier urbain. tout ce qui a un impact visuel dans
la ville est concerné. Cette cellule va d'abord permettre
aux différents services municipaux de mieux se coordonner.
"La vocation de cette cellule est d'harmoniser le paysage
urbain" . Il faut donc que les nouveaux éléments que l'on
souhaite apporter, ou la rénovation de plus anciens, s'intègrent
bien à ce qui existe déjà. Cette démarche s'applique donc
au cas par cas, selon le secteur impliqué.
La
cellule est saisie dès lors qu'il s'agit de traiter ce qui
se voit, d'une rue, d'une place et même de la mer. Le Plan
d'Urbanisme Directeur, le permis de construire et ses prescriptions
architecturales, la protection du Patrimoine, ou encore l'article
11 du code de l'Urbanisme sont quelques-uns des textes réglementaires
qui cadrent la nouvelle mission.
Dans la pratique, la projection des éléments nouveaux dans
le milieu urbain auquel ils sont destinés, par des dessins
ou des photos-montages prises sous des angles différents,
permet de se donner une idée assez précise de leurs impacts
visuels. Une manière d'éviter, autant qu'il est possible,
les mauvaises surprises, et de les corriger avant qu'il ne
soit trop tard.
A
la demande du Maire, la cellule "de coordination et d'esthétique
urbaine " a été créée en mai dernier. L'idée est simple :
il s'agit de mettre en relation les différents services municipaux
dès lors qu'il est question d'un projet dont l'impact visuel
est jugé significatif dans la ville.
Le spectre de ses compétences se révèle donc assez large
puisqu'il est question du choix esthétique des bâtiments publics,
neufs ou réhabilités, mais aussi du mobilier urbain, de l'éclairage
public, de la végétalisation des rues et des espaces verts,
des abris-bus, des clôtures, des murs, des poubelles, des
toilettes publiques. etc.
Pour les particuliers, si des conseils peuvent être prodigués
à tous ceux qui le souhaitent, seuls passent devant la " cellule
" les projets ayant un impact visuel important, ou ceux situés
dans des zones sensibles ou protégées, dans l'environnement
de bâtiments historiques, par exemple. Cette procédure existe
déjà au travers de la Commission d'Aménagement et d'Urbanisme
de la Province Sud.
Il ne s'agit pas de juger du travail des architectes, mais
de déterminer si l'ouvrage intègre bien son milieu. Ainsi
des immeubles peuvent être très beaux et pourtant mal s'intégrer
dans un quartier. Désormais, l'environnement urbain est un
facteur dont il faut davantage tenir compte. Dans la pratique,
la cellule se réunit au moins une fois par mois pour traiter
des dossiers en cours. Elle doit être sollicitée par tous
les services mais peut se saisir d'office et à tout moment
de n'importe quel projet.
Mieux vaut donc la solliciter bien avant la réalisation des
travaux.
Composition de la cellule
- A. Loste, 3ème adjointe, chargée de l'Action Culturelle,
du Patrimoine Urbain et de l'Architecture
- M. Frarin, 9ème adjointe, chargée de l'Environnement
et des Espaces Verts
- E. Doiteau, chef de la division de l'Urbanisme, de
l'Aménagement et de la Construction
- J. Beaumont, chef de la division Voirie
- C. André, chef de la subdivision Espaces Verts
- A. Levanqué, architecte à la subdivision Urbanisme
- S. Mériadec, architecte à la subdivision Aménagement
- F. Breugnon, architecte à la subdivision Construction
- V. Defrance, conservateur du Musée de la Ville
- D. Bayol, chargée de la mission Patrimoine du Contrat
de Ville
- M. Harbulot, architecte, chargé des bâtiments historiques
à la Province Sud
 |
Article
U11 du Code de l'Urbanisme
L'article U11 du Code de l'Urbanisme concerne l'aspect et
les éléments extérieurs de construction. En vigueur depuis
quelques années à Nouméa, il n'avait jamais véritablement
été appliqué. Il stipule : "Les constructions doivent présenter
un aspect compatible (architecture, couleur.) avec le caractère
ou l'intérêt des lieux avoisinants, du site et des paysages"
Anne Loste, 3ème Adjointe, chargée de l'action
culturelle, du patrimoine urbain et de l ' architecture, responsable
de la cellule de coordination et d'esthétique urbaine.
- le nouméa : Pour quelle raison a-t-on créé cette
cellule ?
- Anne Loste : La vocation de la cellule de coordination
et d'esthétique urbaine répond en fait à un réel besoin et
à une attente des habitants de Nouméa. Nous sommes partis
de deux constats. D'abord, jusqu'à présent, la notion d'esthétique
urbaine était peu prise en compte dans son environnement global
: le style du quartier, les couleurs dominantes de la rue,
le choix de son mobilier urbain, l'éclairage, la signalétique,
etc... Ensuite, il s'agissait d'améliorer la coordination
entre les services municipaux. Pour qu'en effet, chacun travaillant
séparément dans son domaine, il contribue quand même à une
ouvre commune : l'embellissement de la ville. Jusque là, les
critères d'examen pour accorder un permis de construire étaient
essentiellement techniques et réglementaires. Nous allons
essayer d'introduire une notion d'harmonie. Cependant, nous
sommes conscients en même temps du fort développement de Nouméa,
et des nécessités économiques qui l'accompagnent. Il faudra
négocier l'équilibre entre ces exigences quelquefois contradictoires.
Mais, en aucun cas, la "cellule" ne jouera un rôle rétrograde
.
- le nouméa : Mais les critères de beauté, d'esthétisme
restent très subjectifs.
- Anne Loste : D'où l'importance de créer une cellule
et que les décisions ne soient pas prises selon le bon vouloir
d'une seule personne mais de l'ensemble d'une équipe, composée
d'élus, de chefs de services et d'architectes. Nous sommes
dans une période - difficile - de mise en place de cette cellule.
Comme tout ce qui est nouveau, il faut un temps d'adaptation,
tant pour les membres de la cellule, que pour les services
municipaux
ou les acteurs extérieurs... Ce sont un peu les mentalités
qu'il faut changer. En outre, parce que nous commençons, les
dossiers qui nous parviennent sont souvent déjà bien avancés.
Les modifications éventuelles sont beaucoup plus difficiles
à accepter et à réaliser que lorsque le problème est traité
en amont, au moment de la conception du projet.
- le nouméa : quel est le pouvoir réel de la cellule
?
- Anne Loste : Ce système existe déjà en Métropole
où la réglementation est très stricte dans ce domaine. Ce
n'est pas le cas en Nouvelle-Calédonie, où les notions d'intégration
dans le site, mais aussi de sauvegarde du patrimoine sont
assez récentes, et où les compétences en la matière sont partagées
entre la Ville, la Province Sud et la Nouvelle-Calédonie.
Il ne faut donc pas se faire trop d'illusion : notre possibilité
d'intervention est limitée ! Nous nous appuyons cependant
sur des textes réglementaires qui sont déjà en vigueur, comme
le Plan d'Urbanisme Directeur, le permis de construire et
ses prescriptions architecturales, ou l'article U11 du code
de l'Urbanisme sur l'aspect et les éléments extérieurs des
constructions. Ce sont des bases sur lesquelles nous pouvons
déjà travailler et dont nous nous servons par exemple pour
la délivrance de permis de construire. Des textes complémentaires
sur le permis de démolir et le droit de préemption attendent
d'être examinés par le Gouvernement et adoptés par le Congrès.
Finalement, la concertation est le vrai pouvoir de cette "
cellule ", c'est à dire que nous comptons beaucoup sur les
vertus du dialogue et sur le civisme des interlocuteurs pour
arriver à un point de vue commun sur un projet.
- le nouméa : Ne va-t-on pas reprocher à la cellule
de porter atteinte à la liberté d'expression artistique ?
- Anne Loste : On nous reprochait de laisser faire
n'importe quoi. Aujourd'hui, nous souhaitons faire prendre
conscience aux gens de la nécessité d'harmoniser nos réalisations,
quelle qu'elles soient, et en commençant par donner nous même
l'exemple. Mais attention ! Harmonisation ne veut pas dire
uniformisation. au contraire ! Chaque quartier, presque chaque
rue a sa propre identité qu'il faut pouvoir garder. Mais bien
qu'appliquée depuis de nombreuses années dans la plupart des
grandes villes métropolitaines, et souhaitée aujourd'hui par
beaucoup de Nouméens, nous imagnons en effet que cette cellule
va faire craindre à quelques-uns une ingérence dans la liberté
d'expression architecturale et artistique. A ceux-là, nous
leur répondons qu'il ne s'agit nullement d'imposer des vues
mais de se concerter, de voir différemment les choses et d'empêcher
les abus.ou les erreurs qui de toute façon, parce que c'est
l'institution identifiée, ne sont toujours reprochées qu'à
la Municipalité. Franchement, qui s'en plaindrait ?.
décembre 2001 |