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  Actualité > Dossiers > Noël : un joli mystère construit avec les siècles - le nouméa n°80

Nos traditions sont si jolies et si bien ancrées dans nos esprits que nous n’aurions pas l’idée de les remettre en question ni d’en changer les dates. Et pourtant...

Jésus Christ ne serait pas né en décembre, le sapin si symbolique n’existait pas à Bethlehem, le Père Noël rouge à barbe blanche est une création récente, probablement du marketing, les cadeaux devant la cheminée étaient d’abord alimentaires, en raison des famines, et la fête “Natale” était païenne à l’origine : elle saluait le retour de la lumière. Mais nos émotions ont la vie dure. Alors, les rationalistes peuvent parler, l’histoire peut tenter d’expliquer et décortiquer les mystères, nos croyances demeurent et nos espoirs d’enfant se prolongent !

Vive Noël, son merveilleux, son éclat... et que sa magie continue de nous faire rêver.

Que représente le 25 décembre ?

Jésus serait né en avril, et le 25 décembre serait un subterfuge des Pères de l’Eglise. A la fin de l’empire romain, vers le 4e siècle, une religion païenne venue de Perse, célébrait la “fête de la lumière”, au moment du solstice d’hiver, lorsque les jours commencent à rallonger. On l’appelait “Natalis solis invicti”, naissance du soleil invaincu. Son succès grandissant inquiéta l’église, qui décida de rivaliser en imposant cette même date comme celle de la naissance du Christ.

Voilà comment “Noël”, la naissance de l’enfant Jésus remplaça dans le calendrier, “Natale”, la renaissance de la lumière. Cette date ne serait donc que l’affirmation d’une Eglise triomphante contre un monde païen déclinant.

Mais qui est ce bonhomme rouge ?

Celui que nous connaissons n’a pas toujours existé. Il a eu quelques prédécesseurs célèbres dont certains sont toujours dans le coeur des enfants. Saint Nicolas est le plus illustre et peut être le plus ancien. Il vécut au 4e siècle. Barbu et débonnaire, il passait déjà par la cheminée et distribuait des présents aux enfants. Mais il était habillé de blanc, comme un évêque, se déplaçait à cheval et ne refusait pas les verres de vin qu’on disposait pour lui dans les maisons qu’il visitait.

Populaire dans l’Est de l’Europe, il est toujours attendu par les petits alsaciens au début du mois de décembre. Encore plus à l’Est, en Russie, c’est Babouchka qui fait partie du folklore ! La vieille paysanne avait abrité les Rois mages et les avait regardé partir pour leur mission sacrée. Puis, prise de remords de ne pas les avoir accompagnés, elle avait fait le voyage sans jamais trouver la crèche. Depuis, pour se racheter, elle distribuait les cadeaux qu’elle n’avait pu offrir à l’enfant Jésus. Dans le grand Nord, c’était un lutin qui faisait une distribution aux enfants méritants. Il s’appelait Jul Tomte, ce qui signifie en Suédois le petit homme de Noël et faisait partie du monde légendaire des gnomes des brumes glacées.

Au 19e siècle, c’est le Père Janvier qu’on attendait et il n’arrivait qu’en début d’année. A part ce décalage dans le temps, il commençait vraiment à ressembler au nôtre : barbe blanche, grande cape rouge et hotte à cadeaux. Il est toujours populaire chez les petits malins qui veulent deux tournées de cadeaux ! Celui que nous aimons, qui se déplace à traîneau tiré par des rennes et qui fait partie de notre imaginaire est donc tout jeune : il est arrivé des Etats-Unis à la fin du 19e siècle et a été “relooké” par la compagnie Coca-Cola !

Pourquoi un sapin ?

Et pourquoi pas un palmier, plus commun en Israël ? La tradition daterait du 8e siècle et viendrait d’Allemagne. Un moine faisait la démonstration à des druides que le chêne n’avait rien de sacré. Pour convaincre ces païens, il en abattit un, qui écrasa tout sur son passage, sauf... un petit sapin. Considéré comme un miraculé, le moine l’appela “l’arbre de l’enfant Jésus”. Pendant très longtemps, les décorations ont été des fruits, puis des friandises et le sapin était dépouillé de ses atours jusqu’à la nuit des Rois.

C’est Martin Luther, le réformateur protestant qui ajouta le premier des chandelles allumées, simulant les étoiles d’un ciel hivernal.

La dinde et la bûche

La dinde est à Noël ce que le chocolat est à Pâques. Pourtant, elle n’a pas toujours fait partie de la fête. Ainsi, au Moyen-Age, on servait la hure de sanglier, car l’animal était celui des anciens sacrifices rituels. Pour les plus riches, ce fut ensuite le paon, que l’on mettait en scène avec son plumage. La dinde enfin, fut ramenée du Nouveau Monde par les navigateurs espagnols à la fin du 16e siècle. Elle remporta la place de choix en raison de sa succulence et de sa taille, qui en fait toujours un plat familial.

La bûche que l’on mange maintenant au dessert n’était pas sur la table, à l’origine. Chez les Vikings, on gardait le plus beau billot de bois pour le faire brûler dans l’âtre toute la nuit, au moment du solstice d’hiver, en hommage à la lumière.

Le gui et le houx

Le gui, cueilli par les druides sur les chênes sacrés étaient brûlés, offerts en offrande à leurs divinités. En Angleterre, la plante était si respectée, qu’on prit l’habitude de la suspendre dans les maisons, pour assurer le bonheur familial et y faire régner la paix. S’embrasser sous le bouquet était porteur de bons auspices. Les Scandinaves l’associaient, eux à la déesse de l’amour et de la fécondité. Nous avons donc toutes les bonnes raisons de conserver cette jolie habitude. Mais, l’Eglise, qui ne voyait pas d’un bon oeil ces survivances païennes, supprima le gui et le remplaça par le houx. Les feuilles piquantes symbolisant la couronne d’épine du Christ et les baies rouges, les gouttes de sang.

Pour cumuler les bonheurs, on peut oublier l’explication un peu dramatique et associer les deux plantes. c’est plus joli et ça porte deux fois plus de chance !

Mais Noël, ce n’est pas seulement un décor et des rites. Noël est d’abord dans les esprits et dans les coeurs. C’est une pause dans notre vie. Un moment propice à la réflexion sur notre existence et notre société. Un retour vers l’amour des autres, vers la générosité et la tolérance. La magie et la beauté nous y aident, mais ce ne sont que des accessoires. On pourrait faire sans et on pourrait faire différent...

décembre 2003

 

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