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  Actualité > Dossiers > 150 ans à l'école : de l'ardoise à l'ordinateur - 150 ans de Nouméa

Du modeste poste militaire de Port-de-France, dans les années 1850, au Nouméa d’aujourd’hui, la ville a connu une belle expansion – toujours d’actualité – liée à un fort accroissement de sa population. Par voie de conséquence, l’école a suivi un parcours similaire, au gré des décisions ministérielles, de la laïcisation et des objectifs des gouverneurs successifs.

C’est en mai 1859 que le gouverneur Saisset ouvre officiellement deux écoles. La première, dirigée par un sous-officier d’infanterie, prend le nom d’ « école des jeunes garçons de Port-de-France », sous la direction de frère Germanique. La seconde est destinée aux jeunes filles.

Elle est située à la station de la Conception, dirigée par soeur Marie de la Paix. Ces enseignements ne sont ni gratuits ni obligatoires.

Il faut dire que l’instruction n’est pas encore une priorité pour les institutions de l’époque.

La colonie a à peine six ans et Port-de-France n’est encore qu’un modeste poste militaire. Des cases servent d’habitations ou de bureaux aux officiers et à quelques fonctionnaires, et Fort Constantine de caserne d’artillerie et d’infanterie. Quelques commerçants et employés sont disséminés rues de l’Alma, de Sébastopol, au Quartier-Latin et à la Vallée des Colons…

Le gouverneur Guillain et le vrai début de l’enseignement

Avec l’arrivée du gouverneur Guillain, en 1862, le développement de la Nouvelle-Calédonie est à l’ordre du jour. Dans ce projet ambitieux, l’enseignement y a toute sa place. Les règles de l’instruction publique sont fixées le 15 octobre 1863 par arrêté du gouverneur, bien décidé à élargir l’enseignement au plus grand nombre. Bien qu’anticlérical notoire, Guillain s’appuie sur ce qui existe déjà : le personnel ecclésiastique et des particuliers. Deux sortes d’écoles sont instituées :

- les écoles publiques subventionnées par l’administration, où l’enseignement est dispensé gratuitement pour les familles pauvres. Il s’agit de l’école des garçons, tenue par le vicaire de la paroisse, et de l’école des filles tenue par les soeurs de Saint-Joseph-de-Cluny

- les écoles libres fondées et entretenues par des particuliers ou des associations.

Dans les deux cas, il impose aux enseignants un brevet de capacité pour l’enseignement primaire – lequel peut être obtenu localement –, ou du diplôme de bachelier ès lettres, ou encore d’un certificat d’admission dans une des écoles spéciales de la métropole.

En 1866, le gouverneur Guillain fait construire un local à côté de l’ancienne église Sainte-Clothilde pour accueillir l’orphelinat des filles. Dans cet établissement tenu par les soeurs de Cluny, une centaine de filles apprennent, outre les bases d’un enseignement général, les tâches de futures femmes au foyer. Un externat ouvrira cinq ans plus tard, sous Gaultier de la Richerie, dans l’école primaire des soeurs de Cluny. Il est aussi destiné aux jeunes filles, avec, au programme, des cours payants d’enseignement spécial. L’Administration affecte à cette école des bâtiments qui servaient jusque-là de bureaux, dans un local situé à côté de l’orphelinat et de l’hôpital.

Une école indigène

Dès 1863, outre les écoles publiques et privées, le gouverneur Guillain décide d’ouvrir une école indigène dans les locaux de l’ancien camp de la compagnie disciplinaire de la baie des Pêcheurs. Le révérend père Bertrand en assure la direction, assisté d’un surveillant européen et de deux Indigènes. Dans cet établissement, les fils de chef sont prioritaires, étant appelés à diriger plus tard les chefferies. En 1863, 40 places sont offertes, dans deux sections différentes : les élèves interprètes et les apprentis ouvriers.

Ces derniers sont formés dans les ateliers de la direction de l’Artillerie par deux ouvriers militaires, pour s’initier aux métiers de charpentier, menuisier, forgeron et maçon.

Les écoles libres

Après 1870, se multiplient les écoles libres, tenues par des hommes ou des femmes qui disposent du diplôme requis. C’est le cas de madame Penaud, qui ouvre une école libre pour jeunes filles grâce à une subvention accordée à la première institutrice brevetée qui viendrait s’établir dans la colonie. Elle n’est certes pas la première femme à avoir ouvert une école libre. Les textes officiels mentionnent en effet l’ouverture, dix ans avant, d’une école primaire libre à Port-de-France « pour les enfants de sexe féminin », tenue par une civile, Marguerite Pascal, femme du colon Louis Pascal.

Les garçons, quant à eux, vont à l’école communale fondée par quatre frères maristes en 1873, ou à l’établissement privé d’enseignement secondaire fondé en 1874 par l’abbé Fraysse, ou encore à l’école protestante de Frédéric Surleau ouverte en novembre 1873. Frédéric Surleau sera le grand organisateur de l’école laïque et dirigera pendant de nombreuses années l’école communale des garçons.

En 1877, l’instituteur Russier arrive avec sa femme Suzanne, autorisée à ouvrir une école libre pour jeunes filles. Elle dirigera pendant plus de trente ans l’école communale des filles de Nouméa, où Louise Michel sera nommée professeur de musique et de dessin en 1880.

Dans les années 1880, madame Anne Pongy ouvre une école primaire à l’île Nou « pour les enfants du sexe féminin des fonctionnaires et agents de toute sorte », madame Bonnieux crée une école primaire à la presqu’île de Ducos  « pour les enfants des deux sexes de cette localité ». Un décret promulgué en 1903 contraint les communes à tenir un registre des déclarations d’ouverture d’écoles libres. C’est ainsi que sont recensées à Nouméa, entre 1903 et 1940, douze femmes qui ouvriront des cours, dont cinq demoiselles. Le registre mentionne qu’elles sont pourvues du brevet de capacité pour l’enseignement primaire. Il s’agit entre autres de madame Michelet, qui ouvre un cours élémentaire pour jeunes filles rue Turbigo, de mademoiselle Desmazures pour les jeunes enfants rue Monge, de mademoiselle Grimm, rue Gambetta, ou de mademoiselle Létry à la Vallée des Colons. Evidemment, ces cours connaîtront de fréquents déménagements, au gré des déplacements de leurs institutrices…

Laïcisation et conséquences

A la fin de l’année 1868, le gouverneur Guillain décide par un arrêté que l’instruction donnée dans les écoles publiques doit être gratuite, laïque et obligatoire, pour les enfants de colons. La colonie a ainsi plus d’une décennie d’avance sur la France de Jules Ferry !

Toutefois, c’est vraiment à partir de 1882 que la laïcisation permettra le renforcement de l’instruction publique. On recense cette année-là 442 enfants qui suivent l’enseignement des écoles congréganistes contre 328 celui des écoles laïques. Les enfants restent alors scolarisés dans les écoles communales, dont l’ouverture est maintenue, mais qui passent des mains des religieux à celles des laïcs.

Hermétique à tout ordre religieux, selon les principes de la IIIe République, l’Administration invite ainsi les soeurs de Cluny à quitter le local occupé par l’externat. Ce dernier est remplacé en 1883 – année où les soeurs reprennent du service - par une école libre située en centre ville, à l’angle de la rue Salonique et du boulevard Vauban. Certaines religieuses maintiennent à titre privé leur action éducative, comme par exemple les Soeurs du Tiers ordre (SMSM) et les Soeurs de La Conception.

Les subventions annulées, l’école libre se retrouve face à une situation financière difficile. Un comité s’organise sous la direction de Mgr Fraysse pour trouver les fonds nécessaires à l’entretien des écoles catholiques. Pendant près de quatre ans, les souscripteurs font face aux dépenses. En 1887 toutefois, le comité décide de rendre l’école payante. Les frères et les soeurs peuvent désormais compter sur les rétributions scolaires, les dons et le secours de la charité privée. La rivalité entre l’école publique et les établissements privés ou religieux est encore très forte au début du siècle. Elle est encore palpable à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

Une circulaire de 1936 du chef de l’instruction publique invite les enseignants à ne pas craindre d’user de leur influence personnelle auprès des familles pour que les enfants fréquentent l’école dès qu’ils ont l’âge requis :

« Vous n’ignorez pas que des visites sont faites pour les inciter à envoyer leurs enfants dans les écoles privées. Le dévouement que d’autres montrent, je ne doute pas de le trouver chez vous en faveur de l’école publique que vous servez et dont vous avez à coeur de montrer la valeur pédagogique et morale. »

Le début du siècle

Au tournant du siècle, l’éducation devient une préoccupation essentielle. Un décret de 1902 organise l’enseignement primaire.

- l’école communale des filles est construite en 1899 à l’emplacement de l’actuel Hôtel de Ville
- l’école maternelle de la Vallée des Colons - la future école Elise Noëllat - est construite en 1893 sur un terrain donné à la ville par M. Aubertin « à la condition expresse d’y édifier une école »
- l’école maternelle du faubourg Blanchot, est construite en 1914
- l’école des garçons – la future école Frédéric Surleau - occupe l’ancien bâtiment des frères maristes, que la ville agrandit en 1900 et dont les matériaux d’origine viennent de métropole.

Ensuite, le secondaire se met en place sous l’impulsion de Louis Flize et d’Elise Noëllat. Un lycée qui prend le nom de Collège est établi en 1913 dans les anciens logements de l’armée à la pointe de l’artillerie. Ce bâtiment est aujourd’hui connu sous le nom de bâtiment Flize.

En 1912, les épreuves de baccalauréat sont pour la première fois organisées en NC. C’est en fait une dérogation pour un fils de gouverneur. Pour les femmes, en métropole comme en Nouvelle-Calédonie, le bac ne leur est ouvert qu’en 1921. Edmée Varin sera ainsi la première bachelière calédonienne. En 1913 est également créée à Montravel, l’école des moniteurs appelés à former des indigènes pour enseigner dans les tribus puisque depuis 1884 un arrêté détermine les conditions selon lesquelles doivent être créées et gérées les écoles indigènes. De plus, à partir du 27 mai 1923, l’enseignement du français devient obligatoire dans les écoles indigènes.

Entre autres nouveautés, les soeurs de Cluny ouvrent une classe populaire à partir de 1933. Sa gratuité permet aux enfants de familles modestes d’avoir accès à l’instruction, sous la responsabilité de soeur Théodonie qui va chercher les enfants qui traînent dans les quartiers. (Par la suite, cette section sera plus particulièrement destinée aux enfants ne parlant pas le français. En 1950, le Territoire prend en charge cette classe, installée dans les locaux de l’actuel internat Jeanne d’Albret, séparés par une rue de l’école de Cluny.)

La situation changera peu jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, période à partir de laquelle l’expansion de Nouméa nécessitera l’inscription au budget de la commune de sommes de plus en plus conséquentes pour la réalisation d’un vaste plan de constructions scolaires dans tous les quartiers. L’école de proximité voit le jour.

Après guerre

L’école devient réellement obligatoire pour tous en 1958. Avant, seuls les enfants habitant à moins de 5 km de l’école y étaient tenus de s’y rendre. Quant aux enfants mélanésiens, ils n’avaient aucune obligation.

Il leur faudra d’ailleurs attendre la fin du régime de l’indigénat en 1946, pour pouvoir prétendre à un diplôme. Le premier bachelier kanak décroche ainsi son bac en 1962. Ces obligations scolaires pour tous vont multiplier les écoles à Nouméa comme en brousse.

C’est aussi lors de l’accession de la Nouvelle-calédonie au statut de TOM que le secondaire va réellement se développer notamment sous l’impulsion du ministre local, Jean Le Borgne. Avec l’aide du FIDES, des fonds vont être apportés pour construire des écoles ou restaurer les anciennes.

En 1965, l’Etat prend en charge les enseignements secondaires, techniques et professionnels. La scolarisation de masse s’affirme doucement. Le nombre de collèges se multiplie dans les années 70 (Mariotti 1973). De nos jours, l’enseignement public compte à Nouméa 14 maternelles, 34 écoles primaires, 7 collèges, 2 lycéesd’enseignement général, 3 lycées professionnels et 1 université. Dans le secteur privé, on dénombre 2 maternelles, 4 écoles primaires, 2 collèges, 2 lycées et 1 lycée professionnel.

mai 2004

 

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