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  Actualité > Dossiers > Intégrer le passé dans l’avenir - le nouméa n°85

Longtemps oublié, le patrimoine est aujourd’hui une préoccupation en Nouvelle-Calédonie, et en particulier à Nouméa. Et, bien que ce domaine soit de compétence provinciale, la Ville attache une importance particulière à cette mémoire collective qu’elle souhaite préserver. Cependant, la tâche n’est pas aisée : considérée comme contraignante et coûteuse, la sauvegarde du patrimoine urbain est souvent vue comme un frein au développement et à la modernisation de la cité.

Alors, la Ville donne l’exemple, avec ses biens publics qu’elle réhabilite ou, cas extrême, la maison Célières qu’elle rachète et dont les travaux de réhabilitation vont commencer dans quelques semaines. Parallèlement, afin de transformer le « frein » en moteur de développement, la mairie propose des mesures pour motiver les particuliers à conserver les anciennes constructions. Ainsi, outre des mesures d’aides financières, prévues dans le dernier contrat d’agglomération, ou encore la mise en valeur touristique de certains sites existants, la Ville souhaite créér de nouvelles règles d’urbanisme, à la fois souples et complètes, incorporant la question patrimoniale.

L’enjeu des prochaines décennies est d’arriver à moderniser Nouméa sans oublier son passé, ni le dénaturer. La Ville compte bien relever le défi.

850 sites encore visibles

Le développement de la ville, qui s’est accéléré au cours de ces quinze dernières années, semble avoir fait prendre conscience aux Nouméens de l’importance de garder les vestiges du passé. Ce sont même eux, les premiers, qui se sont insurgés contre la disparition des maisons coloniales dans certains quartiers. L’émiettement de ce patrimoine est un peu de cette mémoire collective qui se perd, à tout jamais. Et sans forcément toujours gagner au change…

Effectué conjointement en 1998 par le Musée de la Ville et le bureau de la conservation et de la protection du patrimoine de la province Sud, un inventaire régulièrement mis à jour, a relevé l’existence à Nouméa de 850 sites encore visibles, qui présenteraient un intérêt historique ou architectural et qui mériteraient d’être préservés. Ils témoignent chacun d’eux d’une période de l’histoire de la ville. Et peu importe s’il s’agit d’une maison entière, d’une façade, d’une toiture, d’un puit, d’une citerne, d’une barrière…

Peu importe aussi les matériaux employés, selon l’époque et le style architectural utilisé : bois, béton, tôle, pierre, fer, brique, torchis… Pourtant, logiquement, si rien n’est fait, ces sites finiront par disparaître. Depuis quelques années, la Ville de Nouméa a décidé de réagir, complétant ainsi les actions de la province Sud, statutairement compétente en matière de sauvegarde du patrimoine. Ainsi, la Ville restaure dès qu’elle le peut des bâtiments publics anciens. C’est le cas de l’ancienne mairie, transformée en Musée de la Ville, des anciennes prisons civiles, devenues le Centre d’art et le théâtre de Poche, ou encore de la cathédrale du bagne, aujourd’hui le Théâtre de l’île.

Pour valoriser une partie du patrimoine urbain, la mairie a également mis sur pied un circuit pédestre historique en seize étapes à travers le centre de Nouméa, du Musée de la Ville au temple protestant.

L’une des opérations les plus spectaculaires reste bien sûr le rachat à la SIC de la Maison Célières vouée à l’abandon. Pour des raisons budgétaires évidentes, ce cas – où les institutions rachètent un bien privé - ne peut être qu’exceptionnel.

Des mesures d’aides, financières et réglementaires

Et c’est bien là le problème : la plupart des sites à préserver appartiennent à des particuliers, qui n’ont pas toujours les moyens – ou le désir – d’entretenir leurs biens ou, pire encore, de le remettre en état. Pour ces derniers, des mesures d’accompagnement s’imposent donc. Certaines existent déjà, sous la forme d’aides sociales pour des propriétaires occupants à faibles revenus, inscrites dans le contrat d’agglomération 2001-2004 en partenariat avec l’État (40%) et la province Sud (20%).

Elles pourraient être renouvelées dans le prochain contrat en complément d’une série d’aides financières directes, orchestrées par la province, et d’incitation fiscale, accordée par le congrès de la Nouvelle-Calédonie. D’autres mesures municipales devraient renforcer le cadre réglementaire. Elles intègreraient le Plan d’urbanisme directeur (PUD), actuellement en cours de révision et qui fixe les règles générales d’utilisation et d’occupation des sols. Il s’agit à la fois de préserver le patrimoine ancien et historique qui mérite de l’être et de veiller à ce que les nouvelles constructions s’harmonisent avec l’existant.

Pas question d’imposer un style unique et figé, qui pourrait être réducteur en matière de création architecturale, mais au contraire de rechercher une identité pour la ville, voire selon les quartiers… L’annexe des prescriptions architecturales, revue et précisée, est un des moyens d’y parvenir. La Ville de Nouméa a également lancé auprès d’un cabinet d’architectes l’étude d’une réglementation adaptée de type ZPPAUP (zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager). Les nouvelles constructions devront alors s’intégrer dans leur environnement, notamment en harmonisant l’aspect extérieur des constructions (couleurs, matériaux, formes de toitures, clôtures…).

Plus généralement, la qualité architecturale de la ville est liée à son environnement immédiat, le paysage dans lequel tel ou tel quartier est dessiné, ses reliefs, sa proximité avec le lagon, sa végétation… A cet effet, un plan vert et bleu de la ville en cours d’élaboration devrait être intégré dans le nouveau PUD. Le principe est de protéger les zones naturelles, ainsi que les lignes de crête sur lesquels les hauteurs de construction seraient limitées. Et puisque le patrimoine est aussi végétal et animal, une attention particulière devra être attribuée aux espaces verts, à la mangrove et à la forêt sèche, aussi utiles que fragiles.

Toutes ces mesures doivent permettre de conserver – ou de restituer – des ambiances de quartier. Un moyen de conserver l’existant sans entraver le développement et la modernisation de la cité, à l’image de la Vallée du Tir, entièrement réhabilitée mais dont on a su conserver l’esprit – l’âme chère à tous les habitants de ce quartier – tout en améliorant son cadre de vie.

les sites nouméens déjà classés

Sur la cinquantaine de sites déjà classés en Province Sud, plus des deux tiers sont à Nouméa. Il s’agit notamment de :

• l’ancien hôpital du marais
• le fort Téréka
• les bâtiments de l’ancien pénitencier de l’Ile Nou
• la maison Célières
• le château Hagen
• la maison Draghiceviz
• le Musée de la Ville - la banque Marchand puis ancienne mairie
• le petit quai et son escalier, en centre-ville
• les façades et structures intérieures de l’immeuble “La France Australe”
• l’ancienne direction de l’administration pénitentiaire
• le débarcadère
• les anciens bâtiments des subsistances militaires
• le centre Raoul Follereau
• le réservoir d’eau de la Yahoué
• le centre culturel Tjibaou
• la fontaine Celeste
• l’ancien commissariat de police
• les façades des bâtiments dit « Grand Hôtel du Pacifique »
• le presbytère protestant
• le temple protestant
• la cathédrale Saint-Joseph

Urbanisation de Nouméa, les grandes périodes

Entre le début de la construction du fort Constantine, dont on voit encore le mur de pierres au pied du CHT, et aujourd’hui, 152 ans se sont écoulés… Entre-temps, Port-de-France est devenu Nouméa, passant de quelques poignées de soldats à 92 000 habitants. Cette expansion n’a pas été uniforme : elle peut se découper en sept grandes étapes.

1853-1863, des débuts difficiles

Le premier ouvrage qui voit le jour à Nouméa, alors Port-de-France, est le fort Constantine. Les premiers travaux consistent en l’arasement de la butte Conneau et du remblai de l’actuel centre ville. En 1858, le plan Coffyn, aux traits militairement rectilignes, dessine les premières rues de la nouvelle cité.

1864-1895, les premières implantations

En 1864, c’est le début de la colonie pénitentiaire sur l’île Nou et la presqu’île de Ducos. Cette période d’une trentaine d’années voit la ville se développer sensiblement, au nord de la Vallée du Tir, au centre ville et sur les hauteurs du Faubourg Blanchot et du Trianon. On atteint, en cette fin du XIXe siècle, les 8 000 habitants.

1896-1926, le ralentissement

C’est la fin de l’élan colonisateur, tant pénitentiaire que libre. La Première Guerre mondiale, les hausses et baisses successives des minerais vont se traduire par un ralentissement de l’expansion de Nouméa. Des quartiers se développent néanmoins, à la Vallée du Génie, à la Vallée des Colons, à la Baie de l’Orphelinat et un peu à l’Anse Vata. Mais cette période troublée favorisera davantage la diversification, selon les origines des habitants, leurs couches sociales, leurs richesses…

1927-1955, la présence américaine

Alors que l’expansion est toujours au ralenti, la période est surtout marquée par la présence de l’armée américaine qui fait de Nouméa le deuxième port allié du Pacifique après San Francisco. C’est le développement des quartiers sud – Motor Pool, Receiving, Vallon du Gaz – et de la Vallée des Colons. L’influence de la SLN est notable du côté de Ducos.

1956-1965, un accroissement sensible

L’expansion se poursuit autour du centre ville vers le sud : la Vallée du Génie, le Faubourg Blanchot, l’Orphelinat, la Baie des Citrons et l’Anse Vata. Aux quais, des remblais sont ordonnés pour accroître l’activité portuaire.

1966-1975, la conquête de l’ouest

L’expansion de la ville se poursuit par l’est des quartiers résidentiels. La partie sud s’étoffe et s’embourgeoise. Dans les moitiés nord et ouest de la presqu’île, apparaît une autre forme de ville faite de lotissements selon le morcellement des grandes propriétés foncières ou à l’initiative des opérateurs sociaux : Magenta, Ouémo, 5e, 6e et 7e Kilomètre, Rivière Salée, Saint-Quentin, Ducos… Le boom du nickel fait naître les premiers grands ensembles de la ville : Tindu, Magenta, Montravel, Normandie.

1976-2005, l’expansion

Les accords de Matignon et celui de Nouméa donnent le rythme aux opérations de logements aidés qui opèrent un retour au centre : aérodrome, Portes de Fer, Kaméré… Les lignes de crête se garnissent de logements collectifs. Nouméa se densifie peu, demande du résidentiel. La ville se développe rapidement, mue par une démographie galopante. La spéculation foncière en découle. De nouveaux quartiers voient le jour : Tina, Tina-sur-Mer, Tuband…

C’est un peu plus chaque jour l’apparition d’une nouvelle conception de la politique de la ville : l’agglomération. Nouméa, c’est aussi le Grand Nouméa, avec ses trois voisines, Dumbéa, Mont-Dore et Païta. Aux problèmes communs, des solutions communes…

mai 2005

 

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