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Longtemps oublié, le patrimoine
est aujourd’hui une préoccupation
en Nouvelle-Calédonie, et en
particulier à Nouméa.
Et, bien que ce domaine soit de
compétence provinciale, la Ville
attache une importance particulière à cette mémoire collective qu’elle
souhaite préserver.
Cependant, la tâche n’est pas
aisée : considérée comme contraignante
et coûteuse, la sauvegarde
du patrimoine urbain est souvent
vue comme un frein au développement
et à la modernisation de la cité.
Alors, la Ville donne l’exemple,
avec ses biens publics qu’elle
réhabilite ou, cas extrême, la maison
Célières qu’elle rachète et
dont les travaux de réhabilitation
vont commencer dans quelques
semaines.
Parallèlement, afin de transformer
le « frein » en moteur de développement,
la mairie propose des
mesures pour motiver les particuliers à conserver les anciennes
constructions.
Ainsi, outre des mesures d’aides
financières, prévues dans le dernier
contrat d’agglomération, ou
encore la mise en valeur touristique de certains sites existants, la
Ville souhaite créér de nouvelles
règles d’urbanisme, à la fois souples
et complètes, incorporant la
question patrimoniale.
L’enjeu des prochaines décennies
est d’arriver à moderniser Nouméa
sans oublier son passé, ni le
dénaturer.
La Ville compte bien relever le défi.
850 sites encore visibles
Le développement de la ville, qui s’est
accéléré au cours de ces quinze dernières
années, semble avoir fait prendre
conscience aux Nouméens de l’importance
de garder les vestiges du passé.
Ce sont même eux, les premiers, qui se
sont insurgés contre la disparition des
maisons coloniales dans certains quartiers.
L’émiettement de ce patrimoine est un
peu de cette mémoire collective qui se
perd, à tout jamais. Et sans forcément
toujours gagner au change…
Effectué conjointement en 1998 par le
Musée de la Ville et le bureau de la
conservation et de la protection du patrimoine
de la province Sud, un inventaire
régulièrement mis à jour, a relevé l’existence à Nouméa de 850 sites encore
visibles, qui présenteraient un intérêt
historique ou architectural et qui mériteraient
d’être préservés. Ils témoignent
chacun d’eux d’une période de l’histoire
de la ville. Et peu importe s’il s’agit d’une
maison entière, d’une façade, d’une toiture,
d’un puit, d’une citerne, d’une barrière…
Peu importe aussi les matériaux
employés, selon l’époque et le style
architectural utilisé : bois, béton, tôle,
pierre, fer, brique, torchis…
Pourtant, logiquement, si rien n’est fait,
ces sites finiront par disparaître. Depuis
quelques années, la Ville de Nouméa a
décidé de réagir, complétant ainsi les
actions de la province Sud, statutairement
compétente en matière de sauvegarde
du patrimoine. Ainsi, la Ville restaure
dès qu’elle le peut des bâtiments
publics anciens. C’est le cas de l’ancienne
mairie, transformée en Musée de la Ville,
des anciennes prisons civiles, devenues
le Centre d’art et le théâtre de Poche, ou
encore de la cathédrale du bagne,
aujourd’hui le Théâtre de l’île.
Pour valoriser une partie du patrimoine
urbain, la mairie a également mis sur
pied un circuit pédestre historique en
seize étapes à travers le centre de
Nouméa, du Musée de la Ville au temple
protestant.
L’une des opérations les plus spectaculaires
reste bien sûr le rachat à la SIC de
la Maison Célières vouée à l’abandon.
Pour des raisons budgétaires évidentes,
ce cas – où les institutions rachètent un
bien privé - ne peut être qu’exceptionnel.
Des mesures d’aides,
financières et réglementaires
Et c’est bien là le problème : la plupart des sites à préserver
appartiennent à des particuliers, qui n’ont pas
toujours les moyens – ou le désir – d’entretenir leurs
biens ou, pire encore, de le remettre en état.
Pour ces derniers, des mesures d’accompagnement
s’imposent donc. Certaines existent déjà, sous la forme
d’aides sociales pour des propriétaires occupants à
faibles revenus, inscrites dans le contrat d’agglomération
2001-2004 en partenariat avec l’État (40%) et la
province Sud (20%).
Elles pourraient être renouvelées dans le prochain
contrat en complément d’une série d’aides financières
directes, orchestrées par la province, et d’incitation fiscale,
accordée par le congrès de la Nouvelle-Calédonie.
D’autres mesures municipales devraient renforcer le
cadre réglementaire.
Elles intègreraient le Plan d’urbanisme directeur
(PUD), actuellement en cours de révision et qui fixe les
règles générales d’utilisation et d’occupation des sols.
Il s’agit à la fois de préserver le patrimoine ancien et
historique qui mérite de l’être et de veiller à ce que les
nouvelles constructions s’harmonisent avec l’existant.
Pas question d’imposer un style unique et figé, qui
pourrait être réducteur en matière de création architecturale,
mais au contraire de rechercher une identité
pour la ville, voire selon les quartiers…
L’annexe des prescriptions architecturales, revue et
précisée, est un des moyens d’y parvenir. La Ville de
Nouméa a également lancé auprès d’un cabinet d’architectes
l’étude d’une réglementation adaptée de type
ZPPAUP (zone de protection du patrimoine architectural,
urbain et paysager). Les nouvelles constructions
devront alors s’intégrer dans leur environnement,
notamment en harmonisant l’aspect extérieur des
constructions (couleurs, matériaux, formes de toitures,
clôtures…).
Plus généralement, la qualité architecturale de la ville
est liée à son environnement immédiat, le paysage
dans lequel tel ou tel quartier est dessiné, ses reliefs,
sa proximité avec le lagon, sa végétation… A cet effet,
un plan vert et bleu de la ville en cours d’élaboration
devrait être intégré dans le nouveau PUD. Le principe
est de protéger les zones naturelles, ainsi que les lignes
de crête sur lesquels les hauteurs de construction
seraient limitées. Et puisque le patrimoine est aussi
végétal et animal, une attention particulière devra être
attribuée aux espaces verts, à la mangrove et à la forêt
sèche, aussi utiles que fragiles.
Toutes ces mesures doivent permettre de conserver – ou de restituer – des ambiances de quartier.
Un moyen de conserver l’existant sans entraver le développement
et la modernisation de la cité, à l’image de la
Vallée du Tir, entièrement réhabilitée mais dont on a su
conserver l’esprit – l’âme chère à tous les habitants de
ce quartier – tout en améliorant son cadre de vie.
les sites nouméens déjà classés
Sur la cinquantaine de sites déjà classés
en Province Sud, plus des deux tiers sont à Nouméa. Il s’agit notamment de :
• l’ancien hôpital du marais
• le fort Téréka
• les bâtiments de l’ancien pénitencier de l’Ile Nou
• la maison Célières
• le château Hagen
• la maison Draghiceviz
• le Musée de la Ville - la banque Marchand puis
ancienne mairie
• le petit quai et son escalier, en centre-ville
• les façades et structures intérieures de l’immeuble “La France Australe”
• l’ancienne direction de l’administration pénitentiaire
• le débarcadère
• les anciens bâtiments des subsistances militaires
• le centre Raoul Follereau
• le réservoir d’eau de la Yahoué
• le centre culturel Tjibaou
• la fontaine Celeste
• l’ancien commissariat de police
• les façades des bâtiments dit « Grand Hôtel du
Pacifique »
• le presbytère protestant
• le temple protestant
• la cathédrale Saint-Joseph
Urbanisation de Nouméa,
les grandes périodes
Entre le début de la construction du fort Constantine, dont on voit encore le mur
de pierres au pied du CHT, et aujourd’hui, 152 ans se sont écoulés…
Entre-temps, Port-de-France est devenu Nouméa, passant de quelques poignées
de soldats à 92 000 habitants. Cette expansion n’a pas été uniforme : elle peut
se découper en sept grandes étapes.
1853-1863, des débuts difficiles
Le premier ouvrage qui voit le jour à Nouméa,
alors Port-de-France, est le fort Constantine.
Les premiers travaux consistent en l’arasement
de la butte Conneau et du remblai de
l’actuel centre ville. En 1858, le plan Coffyn,
aux traits militairement rectilignes, dessine les
premières rues de la nouvelle cité.
1864-1895, les premières
implantations
En 1864, c’est le début de la colonie pénitentiaire
sur l’île Nou et la presqu’île de Ducos.
Cette période d’une trentaine d’années voit la
ville se développer sensiblement, au nord de
la Vallée du Tir, au centre ville et sur les hauteurs
du Faubourg Blanchot et du Trianon. On
atteint, en cette fin du XIXe siècle, les 8 000
habitants.
1896-1926, le ralentissement
C’est la fin de l’élan colonisateur, tant pénitentiaire
que libre. La Première Guerre mondiale,
les hausses et baisses successives des
minerais vont se traduire par un ralentissement
de l’expansion de Nouméa. Des quartiers se
développent néanmoins, à la Vallée du Génie, à la Vallée des Colons, à la Baie de
l’Orphelinat et un peu à l’Anse Vata. Mais
cette période troublée favorisera davantage la
diversification, selon les origines des habitants,
leurs couches sociales, leurs richesses…
1927-1955, la présence américaine
Alors que l’expansion est toujours au ralenti,
la période est surtout marquée par la présence
de l’armée américaine qui fait de Nouméa le
deuxième port allié du Pacifique après San
Francisco. C’est le développement des quartiers
sud – Motor Pool, Receiving, Vallon du
Gaz – et de la Vallée des Colons. L’influence
de la SLN est notable du côté de Ducos.
1956-1965, un accroissement
sensible
L’expansion se poursuit autour du centre ville
vers le sud : la Vallée du Génie, le Faubourg
Blanchot, l’Orphelinat, la Baie des Citrons et
l’Anse Vata. Aux quais, des remblais sont
ordonnés pour accroître l’activité portuaire.
1966-1975, la conquête de l’ouest
L’expansion de la ville se poursuit par l’est des
quartiers résidentiels. La partie sud s’étoffe et
s’embourgeoise.
Dans les moitiés nord et ouest de la presqu’île,
apparaît une autre forme de ville faite de lotissements
selon le morcellement des grandes
propriétés foncières ou à l’initiative des
opérateurs sociaux : Magenta, Ouémo, 5e, 6e
et 7e Kilomètre, Rivière Salée, Saint-Quentin,
Ducos…
Le boom du nickel fait naître les premiers
grands ensembles de la ville : Tindu, Magenta,
Montravel, Normandie.
1976-2005, l’expansion
Les accords de Matignon et celui de Nouméa
donnent le rythme aux opérations de logements
aidés qui opèrent un retour au centre :
aérodrome, Portes de Fer, Kaméré…
Les lignes de crête se garnissent de logements
collectifs. Nouméa se densifie peu, demande
du résidentiel.
La ville se développe rapidement, mue par
une démographie galopante. La spéculation
foncière en découle. De nouveaux quartiers
voient le jour : Tina, Tina-sur-Mer, Tuband…
C’est un peu plus chaque jour l’apparition
d’une nouvelle conception de la politique de la
ville : l’agglomération.
Nouméa, c’est aussi le Grand Nouméa, avec
ses trois voisines, Dumbéa, Mont-Dore et
Païta. Aux problèmes communs, des solutions
communes…
mai 2005
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